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  • Invention des pédales

On demandait souvent a Drais pourquoi il n'avait pas eu recours, pour mouvoir son vélocipède, aux systèmes de manivelles et vilebrequins qu on utilisait déjà depuis des siècles pour actionner les véhicules a traction musculaire. Sa réponse se bornait invariablement a rappeler les difficultés qu'il avait rencontrées lors de ses précédents essais, avant de souligner au contraire "on a plus de force dans les jambes que dans les bras". Contre cet avis, il y a eut d'autres inventeurs bien résolus à mouvoir les bicyclettes par impulsion mécanique.
Parmi eux figure l'anglais Lewis Compertz qui des 1821 choisit de combiner un engrenage a la roue avant d'une draisienne. La roue en question état actionnée par une manivelle, qui à son tour était mue en poussant le guidon vers l'arrière et vers l'avant, comme si l'on ramait. Le système se révélait aussi fatiguant qu'inefficace. L'idée fut par conséquent abandonnée pendant des années, jusqu a ce qu en 1838 un ferronnier écossais Kirkpatrick MacMilan, se mettre,en tête de réaliser le vieux rêve consistant a doter les vélocipèdes d'une traction au niveau de la roue arrière, annonçant les bicyclettes modernes.
MacMillan coupla pour cela des vilebrequins à l'essieu de la roue arrière, qui comptait deux manivelles actionnées par deux "pédales" reliées a l'avant du cadre.
Cette innovation fut un succès, bien que sa portée ait été limitée. Il a fallut attendre de nouvelles découvertes et l'apparition de Pierre Michaux, qui devait passer a la postérité comme l'inventeur de ce minuscule accessoire, au demeurant indispensable, qu est la pédale de bicyclette.

  • Des grands coups de pédale

Ce fut en 1950, sur le Paris Tours, que cela arriva. André Mahé remporta la course en s'échappant dans les derniers kilomètres grâce à un braquet révolutionnaire pour l'époque: un 52 x 14. À partir de là, presque tout le monde voulut essayer cette multiplication jusque-là interdite, qu'employa également Louison Bobet pour gagner le Grand Prix des Nations en 1952. On avait passé la barre des 52 dents et l'on pourrait regarder en arrière et voir comment, sur la même course, le passage du temps avait pu se refléter dans les braquets utilisés à différentes époques par les grands champions. Ainsi, Le Calvez s'était servi d'un 25 x 8 en 1933 ; Antonin Magne d'un 49 x 16 en 1934 ; et Cognan d'un 39 x 17 en 1937. Vint ensuite une innovation, une rupture avec ce qui précédait due à Fausto Coppi, car il introduisit en 1946 le double plateau 51-48, avec roue libre à quatre vitesses de 15 à 18 dents. Après Coppi vint la vertigineuse escalade des braquets. Nous avons parlé de Mahé; ce fut ensuite Anquetil qui osa un 54 x 14 en 1957, et un 53 x 13 en 1961. Il manquait encore quelques années pour qu'arrive le temps des super rouleurs, des cyclistes capables de passer la barre des neuf mètres par tour de pédale, record que décrocha pour la première fois, en 1976, Freddy Maertens avec un énorme 55 x 13. Un pas de géant venait d'être fait, si l'on a à l'esprit que, sur le Paris-Roubaix de 1914, de nombreux cyclistes utilisèrent une multiplication de 22 x 9, ce qui suppose qu'ils donnèrent presque 100 000 coups de pédale pour couvrir les 250 kilomètres de parcours de l'épreuve. À cette époque-là, les cyclistes avaient peur d'utiliser trop de braquet. Lentement et grâce à l'audace de cyclistes hardis, capables de dépasser les idées reçues, les braquets augmentèrent. En 1937, Antonio Pompilio, un Italien vivant à Paris, fut l'un des premiers cyclistes amateurs à utiliser un plateau de 50 dents. On disait de lui qu'il prenait des risques invraisemblables et qu'il allait se briser les reins, ou du moins les jambes, Mais ni l'une ni l'autre chose n'arrivèrent et, grâce à son super braquet, qui le rendait invincible dans les sprints, Pompilio remporta de nombreuses courses. Un autre facteur influença, en toute logique, l'escalade des braquets: ce fut l'usage du dérailleur, déjà employé par les cyclotouristes avant d'arriver dans le cyclisme de compétition. À ce titre, le yritérium de la Poly multipliée, une course de montagne, joua un grand rôle car on y essayait fréquemment le nouveau matériel. Parmi les grands champions, Georges Speicher et Antonin Magne furent les premiers adeptes du dérailleur, bien qu'il fallût attendre 1937 pour que cet accessoire fût admis sur le 'Tour et, par conséquent, se popularisât dans les autres courses. Roger Lapébie fut le premier vainqueur du Tour à utiliser un dérailleur. Il disposait d'un plateau de 50 dents et d'une roue libre à trois vitesses, de 16, 17 et 18 dents. Dans les étapes de montagne, il montait un plateau de 44 qu'il combinait savamment en plaçant trois couronnes de chaque côté de sa roue arrière, ce qui lui offrait la possibilité d'utiliser six vitesses différentes, en employant une couronne de 22 dents pour escalader les cols les plus difficiles. Ce fut néanmoins Coppi - toujours lui - qui fit entrer le cyclisme dans la modernité en inaugurant l'époque de la poly multiplication. Ce fut lui qui introduisit l'usage du double plateau, en général un 51 x 48, qui annonçait déjà l'arrivée des grands rouleurs capables d'atteindre des vitesses moyennes jusque-là impossibles.

  • Usage et évolution des braquets

Parallèlement à l’évolution du changement de vitesse, se fit celle des développements sur les bicyclettes. Selon les chroniques, un cycliste indépendant, du nom d’Augendre, osa courir un Paris Roubaix avant la première Guerre mondiale avec un braquet de 22 x 9.

Pour nous faire une idée de l’effort qu’il fournit, il faut préciser qu’il eut a donner presque 100.000 coups de pédale pour faire les 250 kilomètres du parcours, ce qui équivaut a dire qu’il fit environ 40.000 tours de pédalier de plus qu’un cycliste actuel pour couvrir la même distance. Avec l’invention du dérailleur, on augmenta le nombre de dents de pignons sur lesquelles agissait la chaîne, ce qui permettait de rouler plus vite ou de monter plus facilement les cols. Bien qu’en France et en Italie on utilisait déjà certains prototypes depuis le milieu des années trente, ce n’est qu’en 1937 que le Tour de France permit l’emploi généralise du dérailleur.
Jusque-là Henri Desgrange s’était oppose a l’usage de ce système, qui trahissait selon lui la simplicité de ce sport, même si, des 1924- 1925, il en avait tolère l’utilisation dans les catégories de second plan comme celle des touristes- routiers. On assista donc a l’incongruité de voir les cyclistes les moins forts bénéficier d’une commodité qui était refusée aux champions pouvoir changer de braquet sans descendre de la bicyclette, ce qui leur offrit plusieurs fois la victoire), et cela obligea Desgrange a changer d’avis et a accepter enfin le dérailleur sur sa course. Ainsi Roger Lapebie fut-il, en 1937, le premier vainqueur du Tour e France a avoir bénéficie des avantages d’une bicyclette munie d’un changement de vitesse : Le Super-Champion. Dérive des systèmes italiens, ce dérailleur possédait un tendeur de chaîne, qui était une sorte de bras articule place sur le pédalier.
Pour changer de vitesse, il suffisait d’actionner une manette qui déplaçait latéralement une fourche fixée sous la roue libre. Outre l’aide du dérailleur Super-Champion, Lapebie disposait d’un plateau de 50 dents et d’une roue arrière équipée d’un pignon à trois couronnes, de 16, 17 et 18 dents. De plus, dans les étapes de montagne, le maillot jaune eut recours à un plateau de 44 dents avec une autre couronne de 22 dents pour les colles les plus difficiles. Il manquait encore quelques années pour que l’on vit l’arrivée des grands braquets, grâce au créateur du cyclisme moderne, Fausto Coppi. Ce cycliste exceptionnel fit école en introduisant la diététique dans le cyclisme et en adoptant l’usage du double plateau.

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